Les Francs-Bourgeois
La Salle
Deux parents et une enfant autour d'un cahier et d'un ordinateur, à la table familiale
Vie de l'association

Parent correspondant : porter la voix d’une classe, pas celle de son enfant

Regardez une table de cuisine un soir de semaine. Un cahier ouvert, une trousse éventrée, un écran qui éclaire trois visages. C’est là que l’école se prolonge, chaque jour, et c’est là que naissent les questions que personne ne pose. Pourquoi tant de contrôles la même semaine ? Le voyage aura-t-il lieu ? Est-ce seulement chez nous que les devoirs de mathématiques finissent en larmes ?

Ces questions ont un destinataire. Il s’appelle le parent correspondant, et chaque classe a besoin du sien.

Un porte-parole, pas un avocat

La définition tient en une ligne : le parent correspondant représente tous les parents de la classe, il est leur porte-parole. Il fait le lien entre les familles et l’équipe éducative, il fait remonter à l’Apel les difficultés qu’il rencontre, il donne un coup de main quand une sortie s’organise. Selon les établissements, ils sont un ou deux par classe, désignés selon des règles convenues entre le chef d’établissement et la présidence de l’Apel, et annoncées à toutes les familles.

Tout le rôle repose sur une distinction, que l’Apel formule sans détour : le parent correspondant représente les familles dans leur ensemble, il n’intervient pas dans une situation personnelle entre une famille et l’équipe pédagogique. Il porte la voix d’une classe, pas celle de son enfant. Un souci individuel se règle avec le professeur principal ou la direction, en tête à tête. Ce qui concerne tout le monde passe par lui.

Avant, pendant, après

Au collège et au lycée, l’année du parent correspondant se rythme sur les trois conseils de classe.

  • Avant, il recueille les questions et les remarques des familles. Un message suffit, encore faut-il que quelqu’un l’envoie.
  • Pendant, il transmet ce qu’on lui a confié et apporte son regard de parent. Il écoute beaucoup. Ce qu’il entend sur un élève en particulier ne sort pas de la salle.
  • Après, il rédige un compte rendu, le fait valider par le chef d’établissement, puis l’adresse à tous les parents. C’est souvent le seul récit que les familles auront de ce qui s’est dit.

À l’école primaire, il n’y a pas de conseil de classe : le parent correspondant peut aider l’enseignant à préparer la réunion de classe, et reste toute l’année le relais naturel entre les familles.

Ce que la recherche a mesuré

On pourrait croire le rôle décoratif. Les chiffres disent autre chose. Durant l’année 2008-2009, quatre économistes, Francesco Avvisati, Marc Gurgand, Nina Guyon et Éric Maurin, ont mené une expérience dans 34 collèges de l’académie de Créteil. Dans 183 classes de sixième, près d’un millier de parents s’étaient portés volontaires pour trois réunions avec le chef d’établissement, sur la façon d’accompagner l’entrée au collège. Un tirage au sort a désigné 96 classes où ces réunions ont eu lieu. Les autres ont servi de point de comparaison.

En fin d’année, dans les classes tirées au sort, l’absentéisme avait reculé d’un quart, de quatre à trois demi-journées par trimestre environ, et les sanctions disciplinaires plus encore. Le résultat le plus frappant est ailleurs : les progrès ont gagné aussi les élèves dont les parents n’étaient jamais venus. Quand une partie des familles se rapproche de l’école, c’est le climat de toute la classe qui change.

Les auteurs, honnêtes, notent que les résultats aux tests nationaux, eux, n’ont pas bougé. Le lien entre parents et école ne remplace pas le travail. Il agit sur ce qui le rend possible : la présence, le calme, l’envie d’y être. Ces réunions n’étaient pas des conseils de classe, et ces parents n’étaient pas des parents correspondants. Mais le ressort est le même, et c’est exactement le terrain du parent correspondant.

Une conviction ancienne

Cette idée n’a pas attendu les économistes. Le Statut de l’Enseignement catholique l’écrit dès son article 4 : « La responsabilité éducative revient en premier lieu aux parents, de manière irremplaçable. Ils sont les premiers et principaux éducateurs de leurs enfants. » L’article 48 en tire la conséquence : les parents participent à la mission de l’école, et sont invités à « entretenir des relations cordiales et constructives avec les enseignants et les responsables des écoles ». Le parent correspondant est la forme la plus simple que prenne cette invitation : une personne, une classe, un fil qui ne se rompt pas.

Aux Francs-Bourgeois

Chez nous, chaque parent correspondant peut compter sur le référent de son niveau, un parent élu au conseil de l’Apel, qui anime les correspondants de ses classes, répond à leurs questions et prend le relais quand un sujet dépasse la classe. Personne n’est laissé seul avec son rôle.

On ne vous demande pas d’avoir un avis sur tout, ni de connaître le règlement par cœur. On vous demande d’écouter, de transmettre et de rendre compte. C’est peu de chose, et c’est ce dont une classe a le plus besoin. Si la place est libre dans la classe de votre enfant, écrivez au référent de votre niveau : il vous dira comment faire.

Sources

Photo : sofatutor, Unsplash.